Aucune obligation annuelle d'augmentation de salaire : ce que dit la loi
Contrairement à une idée répandue, le Code du travail n'impose aucune obligation annuelle d'augmentation de salaire à l'employeur, même après plusieurs années d'ancienneté. Aucun texte légal ne contraint l'employeur à revaloriser la rémunération de ses salariés chaque année.
L'employeur peut refuser une demande individuelle d'augmentation sans avoir à justifier sa décision. Ce refus ne constitue pas une faute de sa part, sauf si un motif discriminatoire est avéré.
Ce qui ne garantit pas une augmentation
- L'inflation : l'augmentation du coût de la vie n'oblige pas légalement l'employeur à revaloriser le salaire.
- Les bons résultats de l'entreprise : la performance économique ne crée aucune obligation légale de revalorisation salariale obligatoire.
- La fidélité à l'entreprise : l'ancienneté seule ne suffit pas à imposer une augmentation.
Les exceptions conventionnelles
Certaines conventions collectives peuvent prévoir des primes d'ancienneté ou des progressions salariales automatiques. Ces mécanismes relèvent cependant d'accords spécifiques propres à chaque branche ou entreprise. Il convient de consulter sa convention collective pour vérifier l'existence de telles dispositions.
| Situation | Obligation légale d'augmentation |
|---|---|
| Années d'ancienneté | Aucune |
| Hausse de l'inflation | Aucune |
| Bons résultats de l'entreprise | Aucune |
| Convention collective spécifique | Éventuelle (selon accord) |
Les négociations annuelles obligatoires (NAO)
Les négociations salariales annuelles dans les entreprises d'au moins 50 salariés sont obligatoires, mais elles peuvent se terminer sans accord et donc sans revalorisation. L'obligation porte sur la négociation, non sur son résultat.
Les cas où l'augmentation salariale est légalement obligatoire
Plusieurs situations imposent légalement une revalorisation salariale. L'employeur ne dispose d'aucune marge de manœuvre dans ces cas précis.
1. Revalorisation du Smic
Si la hausse du salaire minimum fait passer la rémunération d'un salarié en dessous du nouveau seuil, l'employeur doit l'ajuster. Depuis le 1er juin 2026, le Smic est de 12,31 euros brut de l'heure, soit 1.867,02 euros brut mensuels pour 35 heures hebdomadaires.
2. Revalorisation des minima conventionnels
Les conventions collectives fixent des salaires minimaux par qualification, coefficient ou catégorie professionnelle. Si une revalorisation de ces minima fait passer le salaire d'un employé en dessous du nouveau seuil, l'employeur doit le porter au minimum.
| Situation | Obligation de l'employeur |
|---|---|
| Minimum conventionnel passe de 2 050 à 2 120 euros brut, salarié à 2 070 euros | Augmentation obligatoire à 2 120 euros |
| Même revalorisation, mais salarié déjà à 2 200 euros | Aucune hausse imposée |
3. Application d'un accord collectif
Si un accord d'entreprise ou de branche prévoit une augmentation (exemple : 2% pour une catégorie), l'employeur doit l'appliquer. Une clause du contrat de travail ou un usage d'entreprise peut aussi créer une obligation légale pour l'employeur en matière de salaire.
4. Promotion et nouvelle classification
Si la promotion entraîne une nouvelle classification et que la rémunération actuelle est inférieure au minimum conventionnel de cette classification, une augmentation est due. Si le salaire est déjà supérieur, elle n'est pas garantie.
Protections contre les inégalités et pendant les absences
Le Code du travail protège les salariés contre les inégalités salariales injustifiées et pendant certains congés. Deux mécanismes principaux encadrent ces garanties.
Égalité salariale
Un écart de rémunération entre des salariés placés dans des situations comparables peut être contesté. Les critères de comparaison incluent :
- Mêmes responsabilités
- Mêmes qualifications
- Même expérience
- Mêmes performances
L'employeur doit justifier les différences par des critères objectifs et pertinents, non par des préférences personnelles ou des motifs discriminatoires. En cas d'écart injustifié, un rattrapage salarial est possible.
| Situation | Obligation de l'employeur |
|---|---|
| Salariés comparables | Justification objective des écarts |
| Écart injustifié | Mise en place d'un rattrapage |
Congé maternité et d'adoption
À leur retour, les salariées bénéficient obligatoirement des augmentations générales intervenues pendant leur absence. Elles ont également droit à la moyenne des augmentations individuelles accordées à leur catégorie professionnelle pendant cette période.
Ce mécanisme vise à éviter qu'une absence liée à l'arrivée d'un enfant ne pénalise l'évolution de la rémunération.
Démarches et recours en cas de refus d'augmentation due
Face à un refus d'augmentation légalement due, le salarié dispose de démarches et de recours. Voici les étapes à suivre pour faire valoir ses droits.
Cas d'augmentation salaire obligatoire
Avant tout recours, le salarié doit vérifier si sa situation correspond à un cas d'augmentation obligatoire prévu par la loi ou la convention collective.
| Cas d'augmentation obligatoire | Texte applicable |
|---|---|
| Hausse du Smic | Code du travail |
| Revalorisation des minima conventionnels | Convention collective |
| Augmentation ancienneté convention collective | Convention collective |
| Accord collectif (évolution carrière garantie) | Accord d'entreprise |
| Égalité salariale hommes-femmes | Code du travail |
| Retour de congé maternité ou adoption | Code du travail |
Étapes à suivre en cas de refus
- Vérifier si la situation correspond à un cas d'augmentation obligatoire (hausse du Smic, des minima conventionnels, accord collectif, égalité salariale, retour de congé maternité/adoption).
- Consulter sa convention collective (généralement mentionnée sur le bulletin de paie) et les accords applicables.
- En dehors des situations obligatoires, préparer une demande argumentée basée sur les résultats, compétences et nouvelles missions.
- En cas de refus d'une augmentation due, conserver tous les documents : bulletins de paie et échanges écrits avec l'employeur.
- Demander une régularisation par écrit à l'employeur.
- Si nécessaire, saisir le conseil de prud'hommes, la juridiction compétente pour les litiges.
Obligations de l'employeur
L'employeur qui refuse une augmentation obligatoire s'expose à devoir verser un rappel de salaire. Il a l'obligation d'expliquer les écarts salariaux par des critères objectifs et pertinents. Toute justification par des motifs discriminatoires est interdite.
Questions fréquentes
Mon employeur est-il obligé de m'augmenter chaque année ?
Non. Votre employeur n'a aucune obligation légale de vous augmenter annuellement, même après plusieurs années d'ancienneté ou en cas d'inflation. L'augmentation dépend de sa volonté, d'un accord collectif ou d'une clause spécifique.
Dans quels cas mon salaire doit-il être augmenté automatiquement ?
Votre salaire doit être révisé si la revalorisation du Smic le fait passer sous le nouveau seuil légal (1.867,02 € brut mensuel pour 35h depuis juin 2026). Il en va de même si votre rémunération devient inférieure à un nouveau minimum conventionnel après sa revalorisation.
Que faire si mon salaire est inférieur au minimum de ma convention collective ?
Votre employeur est obligé de vous aligner sur le minimum conventionnel correspondant à votre classification. Consultez votre bulletin de paie pour identifier votre convention collective et vérifier les grilles de salaires.
Je reviens d'un congé maternité, ai-je droit à des augmentations ?
Oui. À votre retour, vous bénéficiez des augmentations générales survenues pendant votre absence. Vous avez aussi droit à la moyenne des augmentations individuelles accordées à vos collègues sur la période.
Mon collègue a eu une augmentation, puis-je réclamer la même ?
Seulement si vous êtes dans une situation comparable (même poste, expérience, performance). Le Code du travail impose l'égalité salariale. L'employeur doit justifier les écarts par des critères objectifs, sous peine de sanction.
Comment réagir si mon employeur refuse une augmentation légalement due ?
Demandez une régularisation par écrit. Conservez tous vos bulletins de paie et échanges. Vous pouvez ensuite saisir le conseil de prud'hommes pour réclamer un rappel de salaire, dans un délai de 3 ans.
Une promotion garantit-elle toujours une augmentation de salaire ?
Non. Une promotion n'entraîne une augmentation que si votre nouveau salaire est inférieur au minimum conventionnel de votre nouvelle classification. Si vous êtes déjà au-dessus, aucune hausse n'est automatique.