Travail en France: 68% satisfaits, mais l’ascenseur social freine les carrières
Selon le baromètre du cabinet Ekilibre, 68% des Français se déclarent globalement satisfaits de leur travail. Pourtant, des signes de mal-être persistent: les trois-quarts des salariés disent subir un stress quotidien, et l’absentéisme augmente.
Une insatisfaction qui interroge
Les débats autour de la réforme des retraites et la volonté de certains de quitter le monde du travail avant l’age de 62 ans posent la question de la satisfaction au travail. Interrogé sur ce point, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a dit: « Pourquoi à 60-62 ans les Français ont-ils autant envie de quitter le travail ? Cette question, il faut la traiter. Parce qu’elle est déterminante sur le fait que les Français résistent autant à l’idee de travailler deux ans plus ».
Des causes multiples
Plusieurs facteurs expliquent le ras-le-bol exprimé par des salariés: l’epuisement lié aux tâches, le management, les relations sociales au travail et le manque de reconnaissance. Une cause, moins évoquée, ressort toutefois dans l’analyse de Benoit Serre, co-president du cercle Humania, qui rassemble 700 DRH.
La France, un pays de salaries « bloques »
Benoit Serre attribue une part importante du mal-etre au manque de perspectives d’evolution de carrière, y compris sur le plan salarial. « La France serait un pays de salaries bloques, qui ne voient aucune evolution dans leur fiche de poste comme dans leur fiche de paie », explique-t-il. Difficile de s’epanouir quand l’opportunite d’evoluer fait défaut et que, apres des annees de travail, aucune amelioration salariale n’arrive.
Selon lui, l’evolution de carriere a longtemps ete envisagee de facon uniquement verticale: « C’etait ‘je demarre au niveau 1, puis je passe au niveau 2, 3, 4 et au fur et a mesure je manage de plus en plus de personnes' ». Il estime egalement que « le potentiel d’augmentation est de 30% inferieur par rapport aux annees 80. C’est tres inquietant parce que ca veut dire que l’ascenseur social est en panne ».
Autre element de frustration mentionne par Benoit Serre: l’ecrasement des salaires. Le Smic, indexe sur l’inflation, a connu de fortes hausses recemment, mais les salaires proches du Smic n’ont pas suivi la meme tendance, accentuant les ressentis d’injustice et de blocage.
Enjeux
- Ameliorer les perspectives d’evolution de poste et salariale pour reduire la frustration.
- Repenser les parcours professionnels au-dela d’une seule trajectoire verticale.
- Prendre en compte ces tensions dans le debat sur l’age de départ a la retraite et la tenue du marche du travail.
Ces constats invitent employeurs et pouvoirs publics a agir sur les mobilites internes, la reconnaissance et les evolutions de revenus pour limiter le risque d’accroissement du mal-etre professionnel et de l’envie de partir avant l’age legal de depart a la retraite.




